• Frédéric Parmentier

Happiness is a warm gun



Depuis le tournant du millénaire, le concept du bonheur est mis à toutes les sauces y compris celle du travail. La question remplit les étagères des libraires faisant a minima le bonheur de leurs auteurs experts en développement personnel. En 1968, à des années lumières d'aujourd'hui, les Beatles nous livraient leur définition poétique et iconoclaste dont je vous livrerai la genèse savoureuse à la fin de cet article.


Revenons d'abord au monde du travail, où un nouveau métier est apparu avec le titre de Chief Happiness Officer qui en dit long sur l'espérance fixée sur cette notion aux contours bien flous.

Cette préoccupation au bonheur est à mes yeux le reflet d'une société qui s'étant débarrassé dans l'allégresse du culte consumériste, de toute forme de spiritualité, se raccroche à tout ce qui, de près ou de loin, a la prétention de formuler la recette du bonheur comme on cuisinerait un bon pot-au-feu.

Mais c'est aussi malheureusement, l'indicateur d'un malaise, pour ne pas dire un mal être dont la violente traduction est parfois vécue dans l'environnement professionnel sous forme de burn-out.

Bien avant la crise du Covid, cet accélérateur de tous nos maux, la situation était déjà très préoccupante. Selon l'institut Mozart Consulting, le mal être au travail représentait un coût annuel de 12600 euros par salarié en France.

Un sondage Opinionway du dernier trimestre 2020 atteste que près de la moitié des travailleurs français présentent un taux de détresse psychologique élevé


Face à cet implacable constat, la question du bonheur au travail se pose-t-elle inévitablement comme une évidence? Je ne crois pas.

En premier lieu, pour les raisons évoquées précédemment, parce que la notion du bonheur est très floue et dépend à la fois des personnes, des cultures, des lieux et du moment. Le travail n'étant qu'une des composantes vitales, il ne saurait assumer à lui seul cette responsabilité ou cette pseudo vocation.

Il semble assez évident aux yeux de tout le monde que le bonheur, dans la représentation finaliste que beaucoup se font de lui, tient aussi de la nature de la vie dans la sphère privée hors du champ professionnel.

Ensuite toute tentative établie de modéliser l'équation réussite au travail=argent=bonheur est encore plus fallacieuse. Rendez vous compte que le très sérieux prix Nobel Daniel Kahneman, pape de l'économie comportemental, prétendait selon son étude de 2010, qu'il faut pour être heureux bénéficier d'un revenu de 60000$ ! Il est intéressant de constater que le montant choisi correspond grosso modo à la moyenne de rémunération d'un patron en France. Qui dit mieux? Et bien figurez-vous que j'ai trouvé une autre étude récente qui démonte une partie de la démonstration de notre cher Kahneman, en allant beaucoup plus loin et en prétendant que le bonheur est exponentiel passée la barres de 60000$. Loin de ces modèles "scientifiques" Sénèque prétendait a contrario à la lumière de ces riches fréquentations, que "la richesse engendre la mauvaise humeur". Difficile de s'y retrouver n'est-ce pas?



Si le travail n'est pas le lieu du bonheur, la question reste cependant cruciale de savoir à quoi il peut légitimement participer dans le registre de ce qu'on nomme communément la qualité de vie.

Je pense pour ma part que chaque société a le devoir de promouvoir le bien être tout autant qu'une économie performante, les deux étant étroitement imbriqués

La question reste désormais d'identifier quels sont ces facteurs de bien être au travail. Voici ma définition à la lumière de mon expérience de leadership :

-la première pierre de cet édifice tient naturellement en un management visionnaire, collectivement responsable et bienveillant. C'est une évidence, les maux dont nombre de salariés souffrent aujourd'hui sont la conséquence des effets dévastateurs causés par:

- l'absence de sens dans leur mission. Selon les études 70% des salariés ne savent pas ce qu’on attend d'eux. Stratégie, valeurs de l’entreprise sont trop souvent mal communiquées ou mal mises en œuvre. Le fossé creusé de l'irréalisme des moyens au regard des objectifs est un autre des caractères qui favorise le terrain dépressif. In fine, le divorce et la défiance de nombre de salariés vis à vis de leurs managers et dirigeants est largement consommé.nt

-le désengagement, ce n'est désormais plus un secret pour personne et les études Gallup et Malakoff Médérick sont largement connues. Mais reprenons-en les grands enseignements: la France est au 18ème rang sur19 pays européen concernant l’engagement. 74% des Français sont désengagés. 40% des Français souffrent d’un manque de reconnaissance, 1ère source de démotivation. Il semblerait que la règle managériale soit à la promotion des egos au détriment du collectif. Enfin, j'ai pu observer au fil du temps la défection de la valeur du contrat tacite au profit du tout écrit.

-"last but not least", un manque criant de convivialité rendu encore plus vif à coup de télétravail forcé par la crise sanitaire. Selon le British Psychological Society Research Digest, on déplore 70% d’interaction en moins dans un open space par rapport aux autres environnements de travail, et de 20 à 50% de mail en plus dans cet environnement. Il est aussi intéressant d'observer l'usage de plus en plus répandu du casque à des fins de concentration.

-L'autre facteur de bien être au travail savamment mis en relief par le Professeur d'économie comportemental Paul Dolan (cf Nudge Management d'Eric Singler), l'influence et l'impact de nos environnements de travail, est synthétisé selon l'acronyme SALIENT : Sound, Air, Light, Image, Ergonomics, Nature et Tints. La musique y est clairement établie comme un stimulus favorisant des comportements vertueux (motivation, apaisement, concentration, créativité, performance, convivialité...).

Mon activité de conseil en Nudge Musique Management repose bien évidemment sur les découvertes récentes de ces études, mais aussi et surtout s'appuie sur de fortes convictions dont j'ai fait les fondations dans mes activités de direction de BU:

-"Un pour tous, tous pour un" pour reprendre la célèbre maxime des mousquetaires qui furent les héros de mon enfance sous la plume d'Alexandre Dumas. Il est tant de "faire société" et de retrouver le sens du collectif si cher à mes racines gasconnes. Il n'y aura pas d'autre issue aujourd'hui que d'insuffler du vivre ensemble, du convivial dans nos sociétés. C'est à l'ensemble des managers d'impulser sens et valeurs.

Bref, "nous devons passer du je au nous"

-Dans un monde à réinventer, il est indispensable de remettre chaque collaborateur au centre du processus créatif de valeur ajoutée et ce, quelque soit sa mission et son rôle. Il en va de la performance, et de la vitalité de l'entreprise.

-La bienveillance, l'attention portée à l'autre n'est pas une option car la nature humaine par essence sociale, est tout autant émotionnelle. Il est de notre responsabilité de véhiculer du "feelgood", des ondes positives, de capitaliser et valoriser les forces de chaque collaborateur plutôt que de s'acharner à mettre le doigt sur ce qui ne va pas.

C'est toute cette expérience que MaZic souhaite orchestrer en entreprise que ce soit à travers son activité de conseil, de playlists managées, ou d'hymne d'entreprise. Car au-delà de mon expertise, la musique est bel est bien l'art de fédérer, de toucher le coeur des choses, de l'inspiration et de la compréhension du monde dont nous avons tant besoin actuellement.



Mais revenons et rendons aux Beatles et à Lennon ce qui leur appartiennent. Nous sommes en 1968, une année particulièrement inspirante pour le groupe qui réalisera un de ces chefs d'oeuvre, l'album blanc. En janvier, ils s'envolent pour l'Inde afin d'apprendre la méditation chez le célèbre Maharishi Mahesh Yogi. Si l'expérience dut être promptement interrompue, les Beatles ayant peu goûté l’appétence démesurée du Gourou pour Mia Farrow et ses amies (écouter Sexy Sadie), les rois de la pop eurent tout de même l'opportunité de revenir avec l'équivalent de plusieurs albums dans leurs valises. Loin de ces affaires de déception méditative, c'est George Martin, qui va être la source du titre "Happiness is a warm gun". L'anecdote est cocasse : en mai, le célèbre producteur montre à John Lennon l'article d'un magazine, American Rifleman, relatant la fierté d'un père pour son fils pratiquant dès l'âge de 7 ans l'apprentissage des armes. Comble du bonheur paternel, Monsieur Warren Herlihy, se répandait en comparaisons extatiques sur le fait que les talents au tir de son fils dépassait de loin ceux d'un vétéran dans l'artillerie. Le titre de l'article? Happiness is a warm gun. Ce sera, aux yeux de Lennon, une de ses meilleures chansons avec changement de tempo, collage et expressions poétiques plus ou moins allusives. Voilà bien qui illustre le propos premier que le bonheur ne se trouve pas toujours où l'on croit...

Bien sûr d'autres chanteurs se seront confrontés avec talent à la notion de bonheur. Une pensée pour Gainsbourg dont on célèbre aujourd'hui partout l'anniversaire des 30 ans de sa disparition. Pour lui, rien de plus déprimant que la photo d'un ciel bleu. On citera le célèbre "Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve" dont le "Croire aux cieux, croire aux dieux même quand tout nous semble odieux que notre cœur est mis à sang et à feu" est une curiosité chez notre aquaboniste. J'ai tout de même une préférence pour les vers de sa "Valse de Melody":

Le soleil est rare Et le bonheur aussi L'amour s'égare au long de la vie

Il est difficile d'y ajouter quoique ce soit tant tout est dit au-delà du commentaire. Mieux que quiconque, l'artiste se paie le luxe de la lucidité. On ne sait d'où lui vient la lumière visionnaire, mais son âme poétique nous dresse un portrait souvent mieux éclairé que n'importe quelle philosophie, science, ou connaissance de quelque nature. Nous verrons dans un prochain épisode de ce blog, que pour les musiciens, le bonheur est bien moins la question de la vie, que celle de l'amour.



Mais en attendant et pour conclure, j'aimerais avoir votre avis en commentaire:

-Quelle est votre vision du bonheur au travail?

-Que signifie pour vous être bien dans votre travail?

-La musique joue-t-elle un rôle moteur dans votre activité professionnel? Si oui, lequel?

-La musique est-elle selon vous suffisamment valorisée dans votre environnement de travail?

Merci pour votre attention, et à très bientôt pour la suite de cet épisode.


©2020 par Frédéric Parmentier