• Frédéric Parmentier

All you need is love...Le management bienveillant, c'est pas du pipeau

Mis à jour : mars 18


Nous avons précédemment tenté de démontrer que le travail est moins le lieu ou l’objet d’une quelconque quête du bonheur source de désenchantement, qu’une possibilité plus simple et accessible de bien-être dans le cadre de ce que nous appelons aujourd’hui Qualité de Vie au Travail et qui est si chère à ma démarche de conseil de Nudge Musique Management avec MaZic.

Si la déclinaison du bonheur au travail est le bien-être, qu’en est-il de la notion d’amour essentielle au registre musical de la pop musique ? Quel fut le particularisme de ce message délivré par les Beatles ? En quoi l’amour serait-il un sujet dans le cadre professionnel ?

Essayons tout d’abord de nous placer sur cette dernière perspective. Si les rencontres amoureuses se déroulent parfois sur le lieu de travail, tout le monde s’accordera à dire que le travail n’a pas plus pour vocation de nous guider vers le bonheur que vers l’amour quel que soit le sens qu’on donne à celui-ci.

Pour autant, si l’amour comme beaucoup le pensent donne un sens à la vie, il serait curieux de ne pas faire un parallèle dans la vie professionnelle. Sous sa forme bienveillante, je vous propose de considérer le management comme une "déclaration d’amour" particulièrement adaptée au monde du travail. Car enfin, l’homme étant un animal social, la société requiert à tout le moins un savoir faire, voire une exigence de bien « faire société ». On mesure aujourd’hui dans le contexte de crise sanitaire, la pauvreté de nos vies sans nos relations aux autres. C’est bien un des mérites de l’enseignement de cette épreuve. Nos relations sont non seulement un des fondements de notre bien-être, mais aussi et peut être encore davantage la qualité de celles-ci sont un sens en soi, un art de vivre et osons le dire une finalité.


Je suis intimement convaincu que toutes les entreprises qui auront associées à leur vocation de profit, celle de placer l’homme au cœur de leur mission vont non seulement surmonter la crise, mais surtout dessiner un bien meilleur avenir.

Belles paroles me direz-vous déjà entendu ici et ailleurs….Mais je vous opposerai au-delà de la théorie de l’exercice, le pragmatisme éclairé à la lumière de mes 30 années d’expérience de leadership.

« Vous au moins vous êtes humain Frédéric ! »

me dit un jour une des responsables de boutique d’un réseau dont j’avais la responsabilité.

Il est des phrases dont on se souvient tout au long de sa vie…Celle-ci je vous l’avoue me rendit bien perplexe. Primo, je ne voyais en rien ce qui pouvait me distinguer des autres humains pour être ainsi qualifié. Secundo, cette sentence tellement inédite me laissa un goût de méfiance pour ce que je pressentais être un drôle de jugement. Passé la surprise, je dus baisser les armes et accepter en tant que tel ce que fut probablement le plus beau des compliment, la plus belle reconnaissance de toute ma carrière. Je dois préciser que celui-ci me touchait d’autant plus que la personne en question était la meilleure responsable de ce réseau et que notre entente n’avait d’égale que ses performances hors norme.

J’avais donc dû démontrer non seulement les qualités d’un bon manager pour mériter le compliment, mais aussi et peut-être surtout une propension à être tout simplement humain, bienveillant.

Et puisque tel était le cas, ce fut le révélateur positif de toute forme d’inconduite, d’attitudes et de comportements qui n’ont pas leur place dans une relation professionnelle subordonnée.


J’en eus un premier indice fort marquant dès le début de ma carrière lors d’un recrutement d’une vendeuse. On connaît tous cet exercice délicat dans lequel la candidate peu rassurée par la nature et l’enjeu de l’événement manifeste un stress visible. La jeune candidate étant passablement nerveuse, je m’efforçais comme toujours en de pareil cas, de la mettre le plus à l’aise possible, rodé à la nature et au mécanisme de l’exercice.

Comme rien n’y faisait manifestement, je la questionnais sur la nature de sa gêne qui s’était transformée en chaudes larmes. Cette jeune femme qui ne me connaissait pas, me fit alors une incroyable confidence. Ayant subie harcèlement et viol par son précédent employeur, elle était terrifiée de ma rencontre, et peut être inconsciemment des conséquences éventuelles qu’elle pouvait s’imaginer dans la lignée de sa triste expérience. Marquée au fer rouge par la monstruosité des actes qu’elle avait subie, toute association et relation managériale devait lui paraître comme une source de stress insurmontable. C’était il y a 25 ans. Ce triste souvenir est la démonstration malheureusement encore vivante du vécu, des dérives, des abus de pouvoir, voire des crimes malveillants commis par certains managers. Cet exemple extrême de management par la peur s'appuie sur des mécaniques bien connues et participe à un niveau de stress ambiant qui devient désormais difficilement gérable s'inscrivant désormais dans le dur avec la crise que nous traversons.

Le management bienveillant n’est ni un gadget, ni une option.

Il est au cœur des relations vitales au travail dans le respect de l’intégrité de chacun. En voici une proposition de définition pour un manager qui :


-donne le ton. « there’s nothing you can do that can’t be done » sous l’injonction de Lennon nous invite à croire en nos capacités.

Le leader bienveillant est le moteur qui insuffle l’esprit, les valeurs, le sens, la mission de son entreprise. Afin de réussir dans son rôle, il est bon de rappeler qu’il a pour vocation d’être exemplaire et qu’il est lui même l’incarnation de cette inspiration. J’ouvre une parenthèse importante pour préciser que l’exemplarité n’est pas la perfection. Reconnaître, apprendre de ses erreurs, connaître ses limites est particulièrement sain et salutaire. D’autre part, il est bon de rappeler que pour être bienveillant avec les autres, il s’agit tout autant de l’être avec soi-même. Bon nombre de managers perfectionnistes se tuent à la tâche dans d’extrêmes souffrances et s’oublient tout simplement.


-donne sa confiance. « Nothing you can make that can’t be made ».

Cette assurance dans la capacité du collaborateur à réaliser tout ce qu’il entreprend est un autre talent en préambule nécessaire à toute forme de bienveillance. La tendance naturelle au contrôle ne doit en rien faire oublier cette pierre précieuse à l’édifice managériale. J’observe à la lumière de l’évolution des pratiques managériales que je trouve en tout point symptomatique le basculement opéré depuis plusieurs décennies entre le contrat et l’entente explicite tacite, et le développement systématique de la communication par mail excluant de facto toute volonté de prise de responsabilité.


- fixe une grille d’accord. « Nothing you can say but you can learn how to play the game ». Le manager définit et se met d’accord avec le collaborateur des responsabilités de chacun dans la réalisation d’un objectif commun nécessitant l’allocation de moyens destinés à sa mise en oeuvre. Sans ce cadre, difficile de développer une quelconque entente. Les dérives criantes des écarts entre les ambitions, les objectifs fixés et les moyens alloués réjouissent certes les palmares et benchmark de productivité sur le plan international. Ils sont dans les faits une souffrance pour beaucoup de collaborateurs.


- synchronise sa relation, écoute avec empathie son collaborateur. « No One you can save that can’t be saved ». Cette attitude d’attention authentique n’est jamais feinte car elle se joue dans toute la transparence de la reconnaissance des faits relatés et des éventuelles difficultés rencontrées. Une mise en perspective critique de la dégradation des relations au travail, doit nous mettre impérativement en garde sur la méfiance de beaucoup de salariés et le désamour qu’ils ont pour leur société, leur manager. Selon le cabinet Malakoff Mederick dans une étude précédent la crise du Covid, 40% des salariés souffre d’un manque de reconnaissance, première source de démotivation, de désengagement.

-harmonise, fédère, développe le sens du collectif. « All you need is love (All together, now !) ». Il est urgent pour l’avenir de nos organisations de passer d’une culture du profit des egos, à une culture d’entreprise au bénéfice d’un ensemble supérieur à la somme de ses parties. La proposition littéraire du « un pour tous, tous pour un », s’est diluée dans la perception d’une économie politique dont certain font le triste raccourci « un pour tous, tous pourris ». J’ai connu malheureusement certains managers dont la culture du CV, ou celle de leurs états d’âmes dépassait largement le sens de l’équipe. Leur nature toxique est prouvée comme étant une grande source de stress chronique contre-productif. Le savoir « faire société » est devenu une absolue nécessité dont nulle économie, bon gré malgré, ne pourra faire l’économie. Bref, je propose de passer d’une culture du « je » à celle du « nous », dans l’esprit du « jeu » dans une oeuvre qui « noue » de solides relations. Montaigne disait « la plupart de nos vacations sont farcesques ». Pour retrouver ensemble le plaisir de collaborer, il nous faudra ne pas trop nous prendre au sérieux, tout en voulant bien faire et être bienveillant les uns envers les autres, au-delà de nos différences.


- développe son style unique et celui de chaque membre de son équipe. « Nothing you can do but you can learn how to be you in time ». « Etre soi-même », aligné comme on dit de nos jours, permet de mieux valoriser les véritables talents des autres dans ce qu’ils ont de différenciant, et donc de complémentaire. Cessons de nous concentrer sur nos défauts et ceux des autres. Valorisons au contraire nos talents, connus et/ou cachés.


Si l’époque nous invite à nous dépasser, à nous réinventer collectivement, à puiser dans nos ressources les plus profondes, je suis convaincu que cela passera aussi et surtout par la réappropriation de nos fondamentaux. A l’instar de la musique, le manager, à travers son essentielle composante motivationnelle, se doit d’être bienveillant.

Au delà des transformations digitales qui s’opèrent, la transformation managériale bienveillante apparaît non comme une révolution, mais comme une évolution indispensable dans une vision centrée sur le collectif.

« All you need is love » fut un hymne générationnel qui en est la parfaite illustration et résonne encore aujourd’hui dans notre époque de grand questionnement. Si les Beatles furent et resteront probablement le plus grand groupe pop de tous les temps, ce n’est pas un hasard tant l’amour fut au cœur de leur message. Certains ont fait le compte pour moi, les fab four auraient utilisé 613 fois le mot amour dans leur chanson. Derrière l’arbre de l’apparence simpliste et récupérée de divers traditions spirituelles, se cache la forêt d’un credo s’attachant à se répandre et à être diffusé avec bienveillance au plus grand nombre. Dans son passionnant ouvrage, le philosophe Mark Alizart ose même la notion de pop théologie. Une fois n’est pas coutume, les Beatles rentreront en 1967 dans l’histoire pour avoir orchestré le premier événement retransmis mondialement via satellite. C’est à la demande de la BBC pour son show intitulé « Our world » que Lennon va s’atteler à la composition de son hymne universel qui non sans ironie, démarre par une marseillaise dont l’écho guerrier se verra répondre d’un love love love triomphant.

Un peu plus tard, en d’autres lieux tourmentés par la guerre et la ségrégation, Stevie Wonder, l’aveugle qui voit par la musique, déclarera tout simplement « love is need of love today ». En conclusion, on pourrait établir que le management a bien besoin de management bienveillant aujourd’hui.


Dès lors, nombre de questions se posent aussi inattendues que légitimes :

Quoi d’autre que la musique pour y parvenir ?

Quel instrument plus puissant pour fédérer ?

Quel moteur plus émouvant ?

Quelle source d’inspiration plus créatrice ?

Quel meilleur apprentissage de la compréhension universelle du monde ?

Quelle meilleure contribution à l’amour de la beauté humaine pour la beauté humaine ?

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