• Claire Sejournet

La musique, un outil de détox émotionnel



Parfois, il suffit d’une bonne musique qui passe à la radio pour se sentir tout d’un coup plus dynamique, plus joyeux et plus alerte. Magie ? Pas vraiment ! La musique peut réellement influence notre état émotionnel. Il en faut peu pour qu’elle devienne l’alliée de votre bonne humeur !


Sommaire

  1. La détox émotionnelle, une remise en mouvement

  2. La musique et les émotions, une variété de possibles

  3. La détox émotionnelle peut survenir à tout moment

  4. Activité physique : le coup de pouce musical

"La musique a un pouvoir sur notre état émotionnel",

s’enthousiasme Sean Luzi, conférencier en Intelligence Émotionnelle, Qualité de Vie au Travail & prévention des Risques Psycho-Sociaux et cofondateur du programme Détox Emotionnelle. Elle agit sur le système nerveux végétatif, celui qui régule notre état émotionnel et notre niveau de tension, et sur le système neuro-endocrinien. Depuis des années, les chercheurs se sont intéressés au lien entre la musique et notre bien-être, entre la musique et la santé. Leurs travaux confirment ce que chacun pressent depuis la nuit des temps, puisque la musique est aussi vieille que l’humanité : elle nous fait du bien. On sait ainsi que la musique optimise la réponse immunitaire en augmentant les immunoglobuline A (iG A) dans la salive. On sait aussi que la musique permet la libération de dopamine, car le plaisir que procure l’écoute de morceaux que l’on aime ou de certains styles musicaux agit dans le cerveau sur le circuit de la récompense. Si certains morceaux semblent « donner la pêche », ce n’est donc pas qu’une impression.

La détox émotionnelle, une remise en mouvement

« La musique peut provoquer du désir de vivre, de la curiosité, de l’imagination, de la créativité, de la motivation à entreprendre, résume Sean Luzi. On peut donc en parler comme d’un outil de détox émotionnelle puisqu’elle nous met en mouvement. » Pour le conférencier, cette notion de détox émotionnelle est essentielle pour se sentir bien au quotidien : « notre état émotionnel conditionne notre niveau de bien-être. Plus on est intoxiqué par des émotions telles que le stress, l’anxiété, l’angoisse, la colère, la frustration, le pessimisme, le sentiment de solitude… plus on s’enfonce dans le mal-être ». En soi, les émotions ne sont pas mauvaises, elles font partie de la vie. Mais lorsque les émotions négatives sont trop intenses et deviennent récurrentes, voire chroniques, « ça devient très toxique. Par exemple, un stress ou un sentiment de détresse qui s’installe longtemps mène au burn-out ». Pour Sean Luzi, la détox émotionnelle consiste donc « à travailler sur ses émotions, avec des outils simples et variés, comme la cohérence cardiaque ou la musique, pour se détoxifier, c’est-à-dire faire en sorte que les émotions négatives soient moins marquées, et que les émotions positives puissent ressurgir, s’exprimer à nouveau. Cela nous permet d’avoir une meilleure qualité de vie, car on a un meilleur sentiment de bien-être ».

La musique et les émotions, une variété de possibles

Dans une étude parue en 2019, des chercheurs ont analysé les réactions de plus de 2000 personnes, aux États-Unis et en Chine, pour comprendre comment ils réagissaient à l’écoute de différents morceaux et quelles émotions cela suscitait en eux. Ils sont ainsi arrivés à une liste de 13 états émotionnels distincts : ‘amusant’, ‘ennuyeux’, ‘anxieux / tendu’, ‘beau’, ‘calme / relaxant / serein’, ‘rêveur’, ‘énergisant / motivant’, ‘érotique / désirable’, ‘indigné / provocant’, ‘joyeux / joyeux’, ‘triste / déprimant’, ‘effrayant / inquiétant’ et ‘triomphant / héroïque’. L’étude montrait également que la musique est bien un langage universel, qu’elle se joue des frontières et des cultures, puisque dans les deux pays, les réactions des participants étaient similaires. Pour améliorer son bien-être, on peut donc jouer sur les catégories musicales qui font du bien. « Il y a toujours une part de subjectif dans notre rapport à la musique, souligne Sean Luzi, mais on sait aussi qu’il y a des musiques universellement tristes, mélancoliques ou optimistes. Dans une optique de détox émotionnelle, on peut jouer sur les deux catégories de musique les plus importantes pour le bien-être, les musique dynamiques et positives d’une part, et les musiques peu dynamiques mais positives d’autre part. » Selon l’expert, les premières provoquent émotions qui mettent en mouvement : « c’est ce qu’il nous faut en ce moment pour combattre l’anxiété, le stress, la morosité ! Une chanson comme Happy de Fafrell Williams, Get lucky de Daft Punk ou Don’t stop me now de Queen génère de la gaité ». Les secondes sont une invitation à la détente, à la relaxation. « Ce sont des musique sérénisantes, comme Don't worry, be happy de Bobby McCain, La Femme d'Argent du groupe Air, ou l’album de Mélody Gardot, Sunset in the blue », précise-t-il. Dans ces conditions, à quel moment se joue la détox émotionnelle ? « C’est inconscient, mais par le fait même de générer des émotions positives, le fait d’écouter de la musique change notre état émotionnel, et si celui-ci devient plus joyeux, plus créatif, plus dynamique, c’est bien que l’on est en train de se détoxifier : les émotions positives s’expriment. » Pendant le premier confinement, la plateforme de téléchargement Qobuz pour laquelle Sean Luzi a une activité de conseil, a d’ailleurs constaté une forte augmentation de la consommation de musique : « ils ont noté +24% le matin, et +20% l’après-midi. Intuitivement, les gens se sont tournés vers la musique pour aller mieux. Les trois styles les plus recherchés ont été le rock, le jazz et le classique. Ce n’est pas étonnant : le rock est ultra positif et énergisant, le jazz est positif et sérénisant, le classique peut être sérénisant ou énergisant ».

La détox émotionnelle peut survenir à tout moment

L’avantage de la musique, c’est qu’on peut l’écouter en faisant autre chose. Autrement dit, on peut se faire du bien tout en étant efficace. Par exemple, en vous préparant à manger, au lieu d’écouter les infos, mettez une station musicale : « les informations sont souvent très anxiogènes. Si vous avez envie de soigner votre état émotionnel et aimez avoir un fond sonore quand vous êtes en cuisine, mieux vaut mettre de la musique ». Qui plus est, « écouter de la musique diminue l’activation du cortex préfrontal qui nous inhibe, donc c’est plutôt intéressant pour les travaux créatifs, car ça libère de la pensée discursive ». C’est pourquoi personne ne reprochera à un graphiste de travailler avec un casque sur les oreilles. Dès lors que notre imagination est en marche, que notre créativité s’exprime, on est émotionnellement détoxifié, assure Sean Luzi : « quand on se sent inspiré et créatif, c’est que l’on va bien ». La musique, avec ou sans paroles ? « Les paroles ont tendance à nous interpeler si on les comprend, donc si l’on veut un fond musical pour travailler, mieux vaut écouter des chansons sans paroles ou dans une langue que l’on ne comprend pas : dans ce cas, c’est juste un son. Autrement, notre cerveau sera en partie accaparé par ces paroles, ce qui nous déconcentre dans notre activité. De manière plus générale, la voix peut jouer sur notre degré de plaisir : certaines nous font plus de bien que d’autres. Même si on n’aime pas particulièrement le style musical qu’il porte, le timbre d’une voix peut nous faire du bien. Personnellement, je trouve que le jazz vocal offre une stimulation sensorielle riche et positive. »

Activité physique : le coup de pouce musical

Nombreuses sont les personnes qui utilisent la musique pour se motiver à faire du sport. C’est normal et c’est même une bonne idée, assure l’expert : « la musique repousse le seuil de la douleur quand on fait du sport. En plus, des musiques comme I'm so excited des The Pointer Sisters, Jump de Van Halen ou l’album You can dance de Madonna donnent beaucoup d’énergie et sont très dynamogènes ». De quoi se mettre en mouvement plus facilement… Et si vous n’avez pas envie d’enfiler vos baskets, sachez que se lâcher totalement en écoutant de la musique fait déjà un bien fou. Personne ne jugera votre chorégraphie, et si le cœur vous en dit, chantez, même faux : « danser et chanter en écoutant de la musique que l’on aime, c’est une sacrée détox ! », encourage Sean Luzi. Les bienfaits du mouvement sur le corps et l’état d’esprit sont bien connus, mais on sait parfois moins que chanter agit aussi positivement sur le cerveau et l’organisme. C’est une activité extrêmement libératoire : le stress retombe, les vibrations sonores stimulent la production de dopamine et d’endorphines, et notre besoin d’air nous oblige à ouvrir notre diaphragme. Ce serait dommage de se priver de cet antistress garanti sans effets secondaires.


Article écrit par Claire Sejournet pour le magazine psychologies.

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