• Frédéric Parmentier

The end? Comment la musique a inspiré mon regard sur la vie

Mis à jour : 26 mars 2020

Avant l'école, avant la philo, avant mes débuts professionnels de manager de Business Units dans le Retail, c'est par la musique que s'est développée ma première écoute de la vie, mon apprentissage spirituel en somme. En cela, je ne fais pas exception à une règle connue et documentée par les neurosciences : l'ouïe est le 1er sens développé in utero dès 4 semaines, et nous sommes déjà bercés par les chants de notre mère avant même d'avoir vu le jour. Nous sommes, pour 95% d'entre nous, musiciens, en ce sens que la musique représente pour la quasi totalité de l'humanité, le plus vaste champ émotionnel, et relationnel qui soit. Rappelons nous que la musique, en tant que langage universel a précédé le langage parlé. Mais revenons à ma petite histoire, dans la plus grande histoire.

De Cat Stevens, Bob Dylan, Georges Moustaki, ou des Beatles, je ne pouvais enfant rien comprendre du message pacifique, des odes à l'amour universel. Et pourtant, il est évident que l'émotion musicale produite par leurs chansons furent un angle essentiel, une clé initiatique de compréhension de ce qui est l'essence même de la vie : l'amour.

"La musique est le plus beau raccourci pour aller directement de l'émotion au coeur sans passer par l'intellect"

"The end" The Beatles


C'est par ces quelques mots en guise d'épitaphe discographique que ne pourraient renier les plus grands penseurs que s'achève la fabuleuse histoire épique du plus grand groupe de pop ayant jamais existé. Cette fin fut pour moi un début, il y a un peu plus de 50 ans, et paradoxalement, celle de la séparation des Beatles, marquant la fin d'une utopie, et le début d'une nouvelle ère qui nous conduira au triomphe du cynisme que nous connaissons en ce tournant de millénaire.

Nés sous la fureur des bombes, nos "fab four" feront du "love, love, love" le mantra de toute une génération qui n'aura de cesse que de vouloir rompre avec la logique de guerre et le carcan social de l'époque. Plus de 600 fois, le mot amour sera prononcé sous leur mélodies enchantées qui seront les hymnes des sixties, les marqueurs de leur temps notamment troublés par la guerre du Vietnam et la menace de la guerre froide. Bref, on l'aura oublié à travers le prisme du regard psychédélico-nostalgique, mais l'époque fut difficile, notamment aux USA qui cumulait aux velléités guerrières les problèmes de ségrégation raciale. C'est dans ce contexte de tension internationale que Lennon en solo poussera son

"War is over, if you want it"

A la lumière de ce slogan, de cet hymne de paix, nous pouvons aujourd'hui nous interroger sur nos propres volontés d'acceptation de l'inacceptable. Ce n'est un secret pour personne, et encore moins pour les nostradovarius de la collapsologie. Nous "enchaînons les perles" depuis le passage au troisième millénaire : guerre en Irak, 11 septembre, crash financier de 2008, guerre en Syrie, vagues d'attentats en France et ailleurs, réchauffement climatique....Il semblerait qu'à de rares exceptions près, nous ayons capacité au renoncement et à l'acceptation résignée du triomphe cynique de l'argent pour l'argent, du pouvoir contre l'homme. Tous les élans collectifs, les élans du coeur et du ventre, que ce soient les premières marches silencieuses suite aux attentats du 9 janvier 2015, où les toutes premières manifestations pacifistes des "gilets jaunes", se sont soldées par des échecs de transformation radicale et profonde de la société vers plus d'humanisme.

Adolescent, j'étais fasciné comme beaucoup par le groupe Téléphone, et particulièrement par son album le plus sombre, le bien nommé "au coeur de la nuit". Un titre résonne aujourd'hui :

"Argent trop cher, trop grand, la vie n'a pas de prix"

Quel paradoxe de constater que le capitalisme, en grande partie issu du mouvement de réveil protestant, s'est à ce point désincarné de toute considération humaniste. Le constat, s'il est maintenant un lieu commun, n'en appelle pas moins à tirer la sonnette d'alarme face à des situations devenues ingérables pour la plupart d'entre nous. Les chiffres sont désormais connus :

-52% des salariés se disent anxieux au travail

-29% présentent un niveau dépressif élevé

-La dépression, 3ème source de décès en 2004, sera la 1ère cause d’ici 2030

En terme de coût pour la société :

-Coût annuel de 12600 euros/salarié lié au mal être (Mozart consulting)

-Coût caché de l'absentéisme au travail = 107,9 milliards d'euros/an (Institut Sapiens)

-4.7% du PIB, près de 6% de la masse salariale (Mozart consulting)

"Tu likes ton job?, LebiL

La question que je pose dans cette chanson qui ouvre mon premier album (LebiL-Machine humaine, French award du flop 50 2015) fait écho à ce malaise qui envahit actuellement la société occidentale dans son rapport au travail et qui se traduit sur 3 problématiques différentes bien connues du monde de l'entreprise:

-le désengagement, une des grandes problématiques actuelles, est essentiellement le marqueur de démotivation de collaborateurs qui manquent de reconnaissance. La promotion des egos au détriment du collectif, la défection du contrat tacite au profit du tout écrit sont d'autres symptômes du même registre.

-La perte de sens : 70% des salariés ne savent pas ce que l'on attend d'eux! En outre, force est de constater que dans beaucoup d'entreprises et particulièrement celles sous LBO dont je connais la triste vision court-termiste, les salariés sont confrontés au quotidien à l'écart grandissant entre les moyens alloués et les objectifs fixés ce qui engendre un sentiment quasi permanent d'insatisfaction et de frustration.

-Le manque de convivialité enfin, se cristallise grandement dans des environnements de travail optimisés depuis 20 ans en openspaces plus ou moins flexisés qui donnent des résultats sans appel :

70% d'interaction en moins dans ce type de locaux et 20% de mails en plus selon le British Psychological Society Research Digest.

Ces facteurs de malaise, signe d'un véritable divorce entre salariés et dirigeants, sont le signe manifeste de la fin du cycle d'une conception du travail (trepalium) dont les jeunes générations ne veulent plus entendre parler.

"Résiste", France Gall

Face à ce portrait peu élogieux du monde de l'entreprise, certaines d'entre elles font figure d'exception.

Je pourrais entre autres citer Hermès dans le luxe ou Etam chez qui j'ai eu la chance de travailler pendant 10 ans. A y regarder de plus près, leur performance tient à une vision qui place l'homme, qu'il soit salarié, client, fournisseur, actionnaire, au coeur de leur action dans ce que la terminologie RH a traduit par la symétrie des attentions. Bien avant la transformation digitale qui placerait la technolophilie comme une finalité pour l'humanité, ces entreprises ont tiré une grande part de leur réussite de leur ADN social centré sur les hommes et les femmes qui constituent le sel de l'aventure entrepreneuriale. Pour résumé, ces sociétés "font société". En voici leurs traits caractéristiques :

Entreprises familiales, les finances sont maîtrisées en pater familias, et les métiers sont transmis de génération en génération entre respect des traditions et des fondamentaux, et innovation, créativité permanente. Ces valeurs familiales forcent aussi le respect tant elles font preuve d'une grande d'humilité et exemplarité dans la figure incarnée de leurs dirigeants.Je repense encore souvent à Monsieur Milchior, PDG d'Etam, qui conviait régulièrement ses salariés à des petit-déjeuners dans lesquels il faisait le service. Chapeau!

"Good vibrations", The Beach Boys

La bienveillance n'est pas qu'un mot à la mode dans ces entreprises. Elle y est réellement incarnée à travers l'écoute, l'attention portée à chacune et chacun dans l'expression quotidienne de son activité, ce qui constitue probablement l'essence même du management. De telles relations de travail rendent les évaluations annuelles fluides tellement les relations tissées entre la maille de l'exigence et celle de la confiance sont quotidiennement entretenues.

Ce qui me frappe aussi dans cette typologie de société qui place la richesse de l'expérience collaborateur et de l'expérience client au centre de leur stratégie, c'est l'ambiance, le climat, l'esprit festif et évènementiel qui y règne. "Comme dans une 2ème famille", tout est prétexte à célébration, à retrouvailles...Et cela, bien souvent en musique. Etam fut d'ailleurs précurseur de son utilisation de la musique en magasin afin de créer une ambiance propice à un accueil convivial.

Fort de cette expérience, je n'eus de cesse, dans tous les réseaux que j'ai pilotés, d'utiliser la musique pour renforcer l'image de marque, l'accueil, accompagner équipes et clients au rythme des temps forts et les temps faibles de chaque instant de la journée, marquer les évènements forts de l'année, avec la venue de DJ où j'ai connu des moments mémorables d'échanges et de records de chiffre d'affaire.

Les adeptes de la maison Hermès se souviennent d'ailleurs probablement de leur popup store mettant en scène les collections à travers le format intemporelle du disque vinyle, dans le cadre de sa campagne Silk mix.

Facteur de bien être, fédératrice, formidable outil de communication, les pouvoirs MaZic de la musique ne sont plus à démontrer pour qui reconnaît les émotions comme facteurs constitutifs de la nature humaine et de ses comportements.

Mais aujourd'hui, ces considérations paraissent bien dérisoires au regard des circonstances économiques et surtout sanitaires avec la mise en danger de nos vies.

The End? The Beatles

Aussi, je vous propose de revenir aux Beatles et à la pochette la plus célèbre de toute la pop musique qui a donné lieu à bien des interprétations les plus farfelues les unes que les autres, la plus connue étant la supposée mort de Mc Cartney....Je vais donc vous donner ma propre vision symbolique de cette image qui marque la fin d'une magnifique épopée musicale et amicale.

Après avoir fait leurs armes au petit Cavern Club de Liverpool, dans les quartiers chauds d'Hambourg, essuyé les plâtres de tournées internationales gigantesques, les Beatles viennent de passer de longs jours, de longues semaines, des mois des années en studio à peaufiner leur grand art. Ils sont épuisés par ces longues années de labeur et de Beatlemania, déboussolés par la perte de leur manager historique, Brian Epstein, dépassés par l'administration, la gestion et le gouffre de leur société Apple, avides de mener une vie adulte et de trouver un équilibre familiale, désireux de respecter leur intégrité artistique. Bref, ils quittent le navire Beatles car pour chacun d'entre eux, c'est une question de survie.

Paul Mc Cartney se réfugiera avec sa famille dans sa ferme écossaise pour soigner sa dépression avant de fonder Wings, un groupe phare des années 70. John Lennon mènera avec sa muse Yoko son combat pacifiste dit du Bed-in et sera finalement un des pionniers du confinement. George Harrison livrera son chef d'oeuvre, "All things must pass", le 1er triple album de l'histoire. Ringo Starr poursuivra sa carrière dilettante entre musique et cinéma. Bref, chacun se sera réinventé dans sa véritable vie d'adulte, abandonnant une manne financière énorme, prenant le risque de tout recommencer à zéro.

Sauver sa peau pour mieux se réinventer, voilà probablement la leçon de l'histoire de cette pochette, même si vous jugez que la fable est un peu tirée par la coupe au bol.

"Je crois", Claude Nougaro

"Le corbeau croasse et l'herbe croit...je crois en l'autre, je crois en moi" est assurément un des plus beaux credo de la chanson française. Que serions-nous sans espérance, sans doute et sans conviction, fondement de notre nature humaine? Privés de nos habitudes sociales, qu'elles soient de travail, de loisirs, de shopping, de réunions amicales, évènements culturels, nous voici réduits à la prise de recul, à la pause, au noyau restreint, bref à l'essentiel de nos vies à préserver coûte que coûte. C'est aussi le clin d'oeil du détournement de la pochette : respectez les consignes de sécurité de confinement et de distanciation, vous sauverez des vies. C'est à ce prix uniquement que nous pourrons ensemble réinventer nos vies, écrire un nouveau chapitre de l'humanité.

Privés de liberté, il nous reste le rêve et l'imagination, profitons-en pour réinventer notre avenir à la lumière de l'exemplarité des jeunes générations qui donnent le "la" en matière de respect environnemental et d'égalité homme femme.

Privés de liberté, nous n'en serons que davantage solidaires et fraternels envers nos proches bien entendu, mais aussi envers ceux qui souffrent actuellement dans la tragique noyade de la détresse respiratoire, et de ceux qui donnent leur vie pour les soigner dans un enfer permanent de conditions de travail rendues indignes par des années de coupes budgétaires et d'industrialisation de l'appareil d'état.

Privés de liberté, nos retrouvailles n'en seront que plus savoureuses dans tout ce qui constitue nos liens sociaux. Une chose est sûre, plus rien ne sera comme avant. Vivement demain....

"The times, they're a changing", Bob Dylan, 1er chanteur prix Nobel de Littérature

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